Année 1, convoyage

On est en mars, nous voilà propriétaires d’un superbe voilier habitable de 10 mètres, parfaitement équipé pour les croisières lointaines … même si notre programme des prochaines années sera principalement de familiariser tout le monde à la voile dans les îles de Bretagne, à la navigation, par tout temps ou presque, suivant ce que la météo estivale nous imposera !

Notre voilier est un CHAMPAGNE, petite série en polyester réalisée par le chantier AUBIN (Nort-sur-Erdre) sur les plans du grand architecte naval, Philippe Harlé.
Facile à deviner, tous ces bateaux ont un nom d’alcool (à quelques rares exceptions prêtes).

Le bateau sorti de l’eau pour l’expertise avant achat.
Pour un bateau de 33 ans, une expertise des parties immergées était préférable.

Comme beaucoup de voiliers sur plans Harlé, le CHAMPAGNE possède un pavois en bois (ici peint en bleu), courant sur un peu plus de la moitié de la longueur du bateau, en lieu et place du rail de fargue habituel sur les bateaux de série.

Première sortie : convoyage du bateau jusqu’à Nantes.

Notre bateau est tranquillement installé au port de Folleux depuis de nombreuses années.
Le port de Folleux … vous ne connaissez pas ?
Normal pourrais-je dire … c’est une série de pontons, posés sur la Vilaine au niveau de la commune de Nivillac,
La Vilaine : rivière dont l’estuaire est au fond de la baie située entre Piriac-sur-Mer et Damgan et qui court jusqu’à Rennes !
La Vilaine est bien connue pour son barrage et son immense port de plaisance Arzal – Camoel, avec plus de 1 000 places et un terre-plain de 300 places.

Vue du barrage d’Arzal, vue depuis l’aval (partie eau de mer !)
A gauche, l’écluse et la salle de contrôle du pont ouvrant et des portes d’écluses.

Nous voilà donc en route pour une grande boucle : le contour de la Presqu’île Guérandaise jusqu’au pont de Saint-Nazaire, et remontée de la Loire sur environ 50 km.

Voici l’album photo de cette première navigation à bord de notre CHAMPAGNE.

Descente de la Vilaine depuis Folleux :

A 4 milles de Folleux, on passe à La Roche-Bernard, avec son pont suspendu à haubans. Tout du long de la Vilaine, de superbes aplombs rocheux qui dominent la rivière.

Ponts de la Roche-Bernard.
3 ponts se sont succédés.
Ici, le second, terminé en 1911 et détruit par les Allemands en 1944..
Le second, encore en fonction aujourd’hui a été inauguré en 1960.
(Le premier sera terminé en 1839 mais détruit par une tempête en 1852)

Après 7,5 milles depuis Folleux, nous arrivons au barrage d’Arzal.

Pour attendre l’heure de l’écluse, petit arrêt le long du quai.
Porte d’écluse ouverte, pont levé, nous pouvons nous engager dans l’écluse.
Nous quittons l’eau douce pour rejoindre l’eau de mer !

Après l’écluse, environ 45 minutes de navigation dans les méandres de la Vilaine et nous passons la dernière bouée, nous voilà enfin en mer !

Après tant d’années à y penser.
Tant d’années à savoir que ce jour allait arriver.
Me voilà donc enfin à la barre de notre premier bateau, 11 mois après m’être lancé dans l’analyse d’un premier stock de petites annonces, tout c’est finalement déroulé assez rapidement.
Satisfait de cette découverte (qui connait le CHAMPAGNE ?), je suis déjà en parfaite harmonie avec mon bateau.
L’horizon que je regarde, voilà plus de 40 ans que je le connais, ce plan d’eau, entre Piriac et Hoédic n’a plus aucun secret pour moi, mais je vais enfin pouvoir pousser les navigations plus loin !
Première escale de ce convoyage … à la maison … nous voilà dans le port de Piriac !

Notre CHAMPAGNE, première escale : PIRIAC
Cliquer ici pour voir en plus grand.

Premier repas à bord,
Premier apéro …
Première nuit à bord !
Me voilà empli de bonheur et je donnerai tant pour que cela dure plus qu’une nuit !

Le lendemain, poursuite de la navigation.
Après contournement du Croisic, route SUD-EST vers le phare du Grand CHARPENTIER, face à la Pointe de Chémoulin.

A l’horizon, le phare du Grand Charpentier.
1,5 milles plus loin, on débutera le long chenal de Loire, devant nous amener sous le pont de Saint-Nazaire.
Les Chantiers de l’Atlantique : construction de paquebots
Le pont de Saint-Nazaire, il nous reste encore de la route.
Il nous faudra parcourir plus de 7 mille de chenal de Loire pour passer le pont !
Pour voir en grand cliquez ici.

Après quelques heures de navigation sous les nuages, avec le courant de marée montante, nous arrivons à Nantes.

Sur une Loire miroir, nous arrivons au pont de Cheviré, porte d’entrée de Nantes

Fin du convoyage de notre bateau, il passera les semaines à venir au port à sec, dans le quartier de Chantenay, le temps de lui faire un petit toilettage pour notre premier été de navigations.

L’heure du choix

Après un premier mois à cadrer le projet et définir la cible, le budget …
Voici 8 mois de recherche et de suivi des annonces qui viennent de s’écouler.

Dans ma liste à suivre, tableau détaillé dans l’article précédent, j’y retrouve donc les différents modèles de bateaux identifiés comme potentiellement intéressants et on y voit donc que sur mes 8 mois de recherche et d’analyse du marcher d’occasion j’ai eu :
– 5 annonces de GIBSEA 28DL
– 4 ATALIA 32
– 3 NEPTUNE 99
… etc …
et un CHAMPAGNE … modèle découvert grâce à cette prospection, tout comme le NEPTUNE 99.

Voici le tableau des plus intéressantes annonces suivies :

Globalement, tous ces voiliers étaient entre 9 000 et 29 000 euros.
En regardant le tableau 1 des modèles, ils faisaient de 8,80 m à 10 m de coque et ont été construits entre 1977 à 1989.

Dans mes recherches, il y avait les critères importants sur le confort, place à bord, espace de vie et équipement pour une famille de 5 personnes (couchettes, cuisine).

A regarder les équipements on voit que peu d’annonces répondent véritablement à mes critères. Celle qui s’en approche le plus est le CHAMPAGNE … bateau qui m’était alors totalement inconnu !
D’autres sont un peu au dessus du budget et le restent même avec une marge de négociation.

Au bout de 8 mois, j’ai sélectionné 3 bateaux que je suis allé visiter : ATTALIA 32, GIBSEA 28 DL et CHAMPAGNE.
Je n’ai hélas pas pu visiter de NEPTUNE 99, ce voilier me plaisait par son beau carré sous le cockpit (hélas peut être un peu bas de plafond ?)
Voici une vue du carré du NEPTUNE99, depuis la descente :

Après ces 3 visites, cela a été une véritable révélation.

Tout d’abord, malgré une taille extérieure relativement équivalente l’habitabilité et le confort son totalement différents.

En suite, un bateau bien entretenu, très soigné à l’intérieur et dont les aménagements ont été améliorés par le propriétaire offrent un véritable plus par rapport au voilier restés dans leur jus, même bien entretenus. En effet, dans les années 80, les rangements n’étaient pas légion si ce n’est sous les banquettes du carré.

Après ces trois visites, il n’y avait aucun doute, c’est le CHAMPAGNE qui correspondait à nos attentes.
Ce voilier, j’aurai pu le deviner avec son nom, a été dessiné par Philippe Harlé. Un nom d’alcool, comme les fameux MUSCADET, ARMAGNAC, COGNAC …
Et pour couronner tout cela, ce CHAMPAGNE, en résine polyester, a été construit au chantier AUBIN. Celui-ci, c’est le N°7, pour 14 unités construites.

Equipé de deux couchettes arrière (un double et une grande simple … ou petite double !) en plus de la chambre avant (1 couchette) et des deux banquettes du carré.
Côté équipement, grand réfrigérateur, plaque 2 feux + four gaz. Cuisine deux éviers.
Petite salle d’eau + WC avec système de pompage pour prendre une douche.
Panneaux solaire, guindeau.
Offrant un tirant d’eau de 1m35 dérive relevée et 2,20 m dérive baissée, cela est parfait.

Je demande une seconde visite avec un essai moteur et voile.
Sur ce CHAMPAGNE, hélas, le moteur n’est pas tout jeune … un VOLVO 2002 (18 CV) ayant 1 700 heures …. mais installé d’occasion sur ce voilier. Les 1 700 heures ne représentent que son utilisation sur ce voilier.
Visuellement, il n’est pas hors d’état mais il accuse le coup quand même.

Lors de l’essai, démarrage au quart de tour, pas trop de bruit, bon régime, bonne accélération, tout se passe très bien.
L’essai sous voile est concluant. GV et génois sont en bon état, avec 3 prises de ris sur la GV.
Il n’y a donc aucun point noir au tableau.
Reste à voir la coque, le gouvernail, la quille.
Nouveau rendez-vous pris quelques semaine plus tard pour une sortie de l’eau et une visite d’un expert.
Pour ce type de bateau, 10m, 6 tonnes, et ce type d’utilisation (croisière côtière à hauturière en famille) nous ne voulons pas nous passer d’une expertise professionnelle.

La visite est intéressante.
Tout le bateau est analysé, tous les points sensibles scrutés, et commentés avec moi, ce qui permet d’avoir une idée encore plus précise de l’état du bateau.

La mise à sec est faite et on fait l’inspection de coque : quelques minuscules cloques mais non suintantes donc par de problème d’osmose … première grosse inquiétude levée !
Arbre d’hélice, hélice et gouvernail en très bon état.
Aucune trac d’impact sur la quille, dérive en acier bien rouillée … mais ça c’est normal car le bateau n’a pas eu son entretien des parties immergées puis quelques années !

Quelques jours après je reçois le rapport complet d’expertise.
Tout est clair, le bateau est en bon état vu son âge. L’équipement est riche et en bon état également.
Le gréement est en bon état, espars et haubans.
Les fonds du bateau sont propres et les boulons de quille en parfait état.
Aucune fatigue visible du pont ni du rouf depuis l’intérieur.
Une bonne étanchéité de la jonction périphérique coque/pont.

Seul point “gris” du tableau, le moteur dont on ne connait au final ni l’âge, ni l’état de fatigue …

Me voilà dans une situation où :
– j’ai trouvé un bateau qui correspond aux attentes, dériveur lesté avec 5 couchages et un grand volume intérieur : la carré permet d’assoir facilement 6 personnes à table.
le voilier a des équipements en plus de ceux espérés (guindeau électrique, panneaux solaire, grand réfrigérateur, pilote automatique récent)
– le prix d’achat est dans le budget fixé
– ce modèle de voilier m’était totalement inconnu mais son architecte et le chantier qui l’a construit sont dans à un haut niveau de renommée.
– on se retrouve quelques mois avant l’été ce qui permet d’envisager quelques menus travaux et des belles navigations en perspective …

NE RESTE PLUS QU’A SE DÉCIDER ….

Financièrement, c’est dans notre budget, mais le vendeur n’ayant aucune autre visite depuis mon premier appel, je me dis que je peux un peu négocier le prix.
On fait une visite en famille.
Tout le monde le trouve bien équipé, visiblement robuste et bien habitable.

Mais après tout cet achat et cet envie de croisières en famille … c’est mon trip à moi … et personne d’autre n’a une expérience permettant d’avoir un avis différent.
Je prend donc la responsabilité de cet achat, pour le bien de la famille … et pour mon bien à moi !
Le bonheur des navigations à la voile !
Voilà tant d’années que j’attends ce moment.

Etant donné l’âge du bateau (construit en 1984), et souhaitant le faire assurer tous-risques, je décide de faire une expertise. Le propriétaire propose de payer la sortie d’eau, c’est un bon geste.

L’expert fait une visite complète quantitative et qualitative (lorsque cela est possible) de tout le bateau et de tout ce qui s’y trouve.
A sec, une analyse de la coque ne montre aucun signe d’osmose, juste quelques rares petites cloques (moins de 8 mm de diamètre) réparties sur les 10 cm de la flottaison, sans écoulement si on les perce.

Nous signons donc une promesse d’achat, et se mettons d’accord sur une ristourne de 1 500 euros.

Nous voilà propriétaire de notre premier bateau : un CHAMPAGNE.

Voici les caractéristiques de notre CHAMPAGNE.
Plan : Philippe Harlé
Chantier : AUBIN, à cette époque installés à Saffré (44)
Date de première immatriculation : 15 février 1984
Second propriétaire en 1997.
Nous seront donc les troisièmes propriétaires de ce CHAMPAGNE.

Nous possédons le n°7.
Seulement 14 voilier CHAMPAGNE sortirons du chantier.

Dimensions :
Longueur de coque : 10 m
Longueur flottaison : 8 m
Largeur maxi : 3,35 m
Déplacement : 6 000 kg
Lest : 2000 kg
Dérive amovible par poulie : 150 kg (en version acier)
Tirant d’eau : 1,40 m à 2,20 m

Gréement-accastillage:
Mât avec 2 barres de flèche avec bastaques
1 winchs sur pied de mât
2 winchs sur piano
2 winchs pour écoutes de génois
2 winchs pour écoutes de spi
Guindeau GOÏO

Voilure :
Grand voile avec 3 lattes & 3 prises de ris : 23 m2
Génois à enrouleur : 36 m2
Génois léger sur étais largable : 25 m2
Foc n°1 sur étais largable : 15 m2
Spi traditionnel avec un impressionnant tangon, fixé à demeure au mât sur une extrémité.

Moteurs successifs, sans indication de date :
Equipé d’un RENAULT COUACH DX2 RC18 à l’origine.
Remotorisé en VETUS.
Puis remotorisé à nouveau en VOLVO 2002 de 18Cv.
Ce moteur, installé d’occasion, a tourné 1 700 heures sur le CHAMPAGNE, sans indication de son ancienneté précédente …

Côté équipement extérieur :
– Un portique INOX avec bossoir pivotants d’annexe.
Deux panneaux solaires orientables sur le portique.

Nous en sommes au bout de cette belle aventure qu’est l’achat d’un bateau.
Maintenant, vous pourrez suivre nos sorties, nos croisières, les chantiers d’hivernage … tout ce qui fait la vie d’un propriétaire de bateau, dans le fil de la rubrique “Croisières & Navigations” – “CHAMPAGNE pour tout le monde !”